CE QUI DISTINGUE NOTRE PARTI: La ligne qui va de Marx à Lénin, à la fondation de l'Internationale Communiste et du Parti Communiste d'Italie (Livorno, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l?Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" e la contre-révolution stalinienne, et au refus des froints populaires et des blcs partisans et nationaux; la dure uvre de restauration de la doctrine et de l'organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, en dehors de la politique personnelle et électoraliste.

L’alliance des bourgeoisies israélienne et palestinienne contre le prolétariat

Après plus de 50 jours de bombardements qui ont fait plus de 2000 morts, dont des femmes et des enfants, l’agression des bourgeoisies israélienne et palestinienne, qui s’est déchaînée dans ces derniers mois contre les prolétaires de Gaza, s’est arrêtée momentanément. L’Autorité Nationale Palestinienne (ANP) a repris son rôle de contrôle selon les accords de sécurité stipulés à Oslo en 1993 avec les assiégeants-occupants israéliens. Des villages, des enclaves, des refuges, des camps de réfugiés, des villes cisjordaniennes de la zone A (18%  du territoire, région administrative gouvernée par l’ANP), de la zone B (21%, région où la responsabilité civile revient aux Palestiniens et la sécurité aux Israéliens) et de la zone C (contrôlée exclusivement par les Israéliens) retournent donc à la « normale ».

Dans ce territoire, qu’ils appellent par euphémisme « palestinien »,  où la pauvreté, la misère, le chômage se répandent dans des maisons misérables adossées les unes aux autres, avec des murs qui atteignent jusqu’à huit mètres de hauteur et qui entourent villages et villes, des petites tours qui surveillent le territoire, avec une densité urbaine à la limite de l’impossible, les deux Etats, avec leurs polices, contiennent le prolétariat, en reprenant le contrôle des rues et font la chasse aux jeunes manifestants (les arrestations sont à l’ordre du jour). «Assurer la sécurité » du territoire est une tâche commune à l’ANP et à l’armée israélienne. Mais il y a encore quelques « belles âmes » qui, ne pouvant plus mentir sur la situation réelle du prolétariat palestinien, continuent à disserter sur la prétendue « absence d’un Etat reconnu » et en même temps regrettent la « présence pressante de la police palestinienne ». De deux choses l’une : ou la police palestinienne est une cinquième colonne, une réserve de l’Etat israélien, ou bien elle est l’expression de la bourgeoisie palestinienne et de son Etat.

Les médias ont rapporté qu’à la fin de la énième boucherie perpétrée à Gaza, il s’est produit un « règlement de comptes » entre les différentes factions du Hamas, avec l’élimination de prétendus collaborateurs : celle-ci démontre que la fracture sociale entre les classes avance et pénètre de façon pressante les rangs des miliciens. Nous osons penser et espérer que des éléments prolétariens prennent eux aussi lentement « conscience » de leur propre situation sociale et se préparent à se battre – malheureusement sans aucune possibilité de victoire aujourd’hui, s’ils ne sont pas secourus par le prolétariat des métropoles occidentales. Sur la base des accords d'Oslo, l'Autorité nationale palestinienne n'a aucun droit de recourir à la force en cas d'attaques de la part des colons : elle doit s'en remettre aux autorités israéliennes en coopérant pour identifier et interroger les militants palestiniens qui constituent un danger « potentiel » pour Israël (voir Le Monde Diplomatique, octobre 2014).

La police palestinienne est reconnue par la population comme collaborationniste en raison des nombreux arrestations effectuées ces dernières années, explique le directeur du camp de réfugiés à Aida (Bethléem), « parfois sur ordre des Israéliens (...). Comment peut-on se fier à un organisme qui est soumis à la bonne volonté des occupants et qui pour nous est carrément une menace ? » (idem). Au début de 2013, les réfugiés ont détruit le poste de police présent dans le camp, en chassant les policiers. « Finalement nous avons l’impression que la seule chose qui les distingue des soldats israéliens c’est le drapeau (palestinien) sous lequel ils travaillent ». Cette réalité n’échappe ni à l’OLP ni au Fatah, parce que les affirmations prononcées en assemblée à Ramallah le 28 mai de cette année par Abu Mazen devant des journalistes et des militants ne suscitent pas de scandale : « La coordination (avec Israël, NdR) en matière de sécurité est sacrée, sacrée. Et elle continuera, que nous soyons en désaccord ou non avec les Israéliens». L’accord signé au Caire en 1994 disait ceci : « agir systématiquement contre toute incitation au terrorisme et à la violence contre Israël », « empêcher tout acte d’hostilité» contre les colonies et « coordonner (leurs) activités » avec l’armée israélienne, surtout par l’échange d’informations et par des opérations conjointes.

Le 9 janvier 2005, après les élections d’Abu Mazen, cette politique a pris un nouvel élan après la réforme des services de sécurité. D’après le Rapport de l’International Crisis Group (Squaring the circle : Palestinian security reform under occupation, 7 sept. 2010,  www.crisisgroup.org), nous citons quelques données : les forces de police et de gendarmerie palestiniennes s’élèvent à environ trente mille hommes (1 sur 80 habitants en Cisjordanie – un rapport parmi les plus élevés du monde : en France le rapport est de 1 sur 356). Ces forces ont été organisées par les USA, qui ont formé des unités spéciales pourvues de véhicules modernes et d’armes sophistiquées. Les services de sécurité, financés par Washington et par les Européens, absorbent plus de 30% du budget annuel de l’Autorité, égal à 3,2 milliards d’euros en 2014, un total supérieur à la somme des dépenses destinées à l’éducation, à la santé et à l’agriculture. Voici ce qu’explique l’ex-ministre de l’Intérieur palestinien, en charge de 20O9 à 2014, Saïd Abu Ali : « La politique de coordination est un succès pour les deux parties... Les efforts que nous avons faits pour rétablir l’ordre ont réussi à garantir une certaine stabilité en Cisjordanie et à triompher du terrorisme et de l’extrémisme. Il y a des gens qui condamnent la coopération de nos services avec Israël et nous accusent de ‘collaboration’, mais cela n’a rien à voir. Notre but est de construire un Etat et la sécurité est un de ses piliers fondamentaux ». Et voici ce à quoi amène cette politique de sécurité (cf. toujours ‘Le Monde Diplomatique’ cit.) : « En 2013 l’armée israélienne a arrêté en Cisjordanie plus de 4600 civils palestiniens au cours d’environ 4000 interventions, une trentaine ont été tués... Quant à la police de l’Autorité, elle est accusée régulièrement d’accomplir des abus et de détenir arbitrairement différents opposants politiques (juste comme la police du Hamas à Gaza) ». Ces données sont suivies de ces considérations du sociologue Abaher al Sakka, qui enseigne à l’université de Bir Zeit (Ramallah) : « Cette politique de sécurité, que nos dirigeants justifient au nom du futur Etat, sert en réalité à offrir des garanties à la ‘communauté internationale’, dont l’Autorité dépend financièrement et à empêcher que ne s’allument des foyers de révolte dans les territoires».

La situation de crise générale, qui touche naturellement aussi cette région, a vu au cours des dernières années la population se mobiliser contre la politique du gouvernement. Comme partout, les politiques libérales auxquelles le gouvernement a fait appel pour tenter de juguler sa crise, « ont été soutenues depuis 2007 par le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et les pays donateurs ». Comme dans beaucoup de pays, une bonne partie de la dépense étatique et sociale a été diminuée et confiée aux entreprises privées : « élimination de 150 mille postes de fonctionnaires, diminution des salaires, réajustement des assurances sociales, augmentation des inégalités sociales, destruction de postes de travail et augmentation du coût de la vie, décroissance du PIB de 7% (2008) à 1,5% (2013). Le « boom économique » du « tigre palestinien » dans les années qui ont précédé la crise, boom tellement exalté par les experts (et qui en vérité est le résultat des aides internationales – lesquelles couvrent la moitié du budget de l’Autorité) s’est inversé en une crise financière sans précédent dès que, en 2010, les aides des donateurs ont été épuisées ».

Abaher al Sakka poursuit : « La plus grande partie de l’économie du pays est concentrée dans les mains de grandes familles et de nouveaux riches, souvent liés au pouvoir et qui profitent de ses réseaux. Ils sont à la tête d’entreprises qui contrôlent des secteurs de la téléphonie, du bâtiment, de l’énergie, de l’alimentation, etc. Certains d’entre eux investissent dans le marché israélien et dans les colonies industrielles. En échange ils jouissent de privilèges qui leur sont procurés par Israël, tels que la possibilité de passer les premiers au check point. A’ Ramallah il est facile de voir filer au centre de la ville ces ’VIP’ au volant de splendides automobiles ; ils vivent dans des quartiers chics complètement éloignés de l’univers des camps de réfugiés ».

Toujours ‘Le Monde Diplomatique’ nous fournit aussi quelques données sur le commerce (les Palestiniens importent d’Israël 70 % des produits et y exportent 85%), et sur les taxes douanières (encaissées par Tel Aviv, alors qu’elles devraient revenir à l’Autorité palestinienne).

Donc que faire ?

Plus intéressante : la colère exprimée par un jeune qui a vu mourir un de ses amis tué par des soldats israéliens : « Les élites et les capitalistes de Ramallah, avec leurs grosses Mercédès et leurs tout-terrains, ne nous représentent pas. Ils nous traitent de terroristes et d’extrémistes, alors que nous cherchons seulement à résister à l’occupation ! Nous devons démanteler l’Autorité. Elle ne sert à rien, sauf à avancer de vagues négociations, qui finalement sont sa seule raison d’être, son business ! ».

Ces affirmations radicales d’ordre politique contiennent à la fois les besoins et les illusions des nouvelles générations de prolétaires. C’est à celles-ci que nous nous adressons, pour qu’elles comprennent qu’il y a deux bourgeoisies confédérées contre le prolétariat, et qu’il faut les combattre toutes les deux : il y a deux Etats, et tous deux doivent être attaqués. On ne peut arrêter l’avancée de la colonisation, le régime d’occupation militaire, la misère et l’exploitation croissantes, le lien étroit (entre les deux bourgeoisies) qui se cache derrière l’apparente opposition, si on n’organise pas le défaitisme révolutionnaire sur les différents plans (économique, social, politique et militaire) du front uni prolétarien. Ceci ne peut être réalisé ni par une « troisième Intifada », ni par un soulèvement général sur tout le territoire israélo-palestinien, si on n’arrache pas la camisole de force nationale que les deux Etats ont cousue sur le dos du prolétariat et qui pèse avec le poids d’un rocher en écrasant les objectifs de classe.

L’horizon étroit de l’Intifada a été dépassé depuis un demi-siècle par les guerres déclenchées par l’armée israélienne dans les divers territoires de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza : un soulèvement général prolétarien qui resterait enfermé à l’intérieur de l’Etat palestinien est destiné à succomber. La dimension internationale qu’a prise l’aire du Moyen Orient ne permet plus de s’enfermer dans des refuges ou des alibis nationaux. Depuis longtemps, les grandes métropoles impérialistes, dont Israël est seulement un élève zélé, imposent, avec des ravages et des massacres, leurs terribles diktats aux populations civiles. A l’état actuel des choses, la bourgeoisie palestinienne doit être attaquée dans toutes ses variantes, laïques et religieuses ; ses gouvernements d’unité nationale et les réconciliations alternées entre le Fatah, le Hamas et les différents fronts de libération annoncent seulement de lourdes défaites pour le prolétariat.

La colère et le mépris exprimés au nom de tous par le jeune Palestinien doivent viser toutes les sirènes nationales : le « droit au retour » des Palestiniens comme la fable de la « terre promise » des Juifs. La perspective prolétarienne et classiste doit renaître dans toutes les fractures sociales, dans tous les conflits économiques, dans toutes les grèves : pour la reprise révolutionnaire, il y a toutes les conditions historico-sociales et économiques.

il programma comunista, n°6/nov.-déc.2014