CE QUI DISTINGUE NOTRE PARTI: La ligne qui va de Marx à Lénin, à la fondation de l'Internationale Communiste et du Parti Communiste d'Italie (Livorno, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l?Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" e la contre-révolution stalinienne, et au refus des froints populaires et des blcs partisans et nationaux; la dure uvre de restauration de la doctrine et de l'organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, en dehors de la politique personnelle et électoraliste.

La question palestinienne et le mouvement ouvrier international

Le retour sur scène du conflit israélo-palestinien, qui se traînait dans une suite ininterrompue de provocations réciproques des très bourgeois gouvernements de l’Etat israélien et de l’Autorité Nationale Palestinienne, tous deux préoccupés avant tout de contrôler socialement le prolétariat de chez eux et celui de l’adversaire, n’est que la énième preuve de l’impossibilité de trouver quelque solution que ce soit – dans le cadre du système actuel – à une organisation de la région qui envisagerait aussi une solution moins incertaine et moins misérable que l’actuelle pour les milliers de réfugiés et de prolétaires palestiniens  concentrés dans ces régions et représentant une mine erratique pour toutes les bourgeoisies moyen-orientales, arabes et juive.

Une exception ne pouvait pas venir des trêves diplomatiques momentanées et enclines aux compromis qui se succédaient d’une année à l’autre, de Camp David I aux « accords » d’Oslo et de Wye Plantation, jusqu’à ceux de Camp David II et aux « invitations verbales » de Charm el Cheikh, véritable aveu d’impuissance caché sous les déclarations fumeuses des chancelleries coordonnées par la médiation intéressée de l’impérialisme américain.

La clôture définitive en Palestine de toute question nationale résiduelle, c’est-à-dire où est à l’ordre du jour la lutte pour une « patrie » aux côtés de leur bourgeoisie nationale, s’est clairement manifestée sur un théâtre de guerre dans le mouvement de « Septembre Noir » à Amman en 1970, même si celui-ci commençait à se dessiner désormais depuis de nombreuses années. A Amman, en Jordanie (nation factice créée par l’impérialisme anglo-saxon et habitée aux deux tiers ou plus par des Palestiniens qui occupaient les degrés les plus bas de l’échelle sociale et matérielle, contrairement à la communauté bédouine qui contrôlait l’appareil d’Etat et jouissait d’un niveau de vie élevé), où le mouvement palestinien – bien que dirigé par des franges nationalistes inconséquentes, bourgeoises et  petites-bourgeoises – avait une forte base de masse et une organisation devenue représentative dans les luttes de défense matérielle contre l’exploitation sauvage et la misère noire, l’OLP, au lieu de diriger la lutte des masses insurgées contre le régime du roi Hussein, d’abord se mit d’accord avec lui, et après avoir négocié leur éloignement de la ville  permit que les insurgés soient massacrés.

Nous avons écrit à cette occasion dans « il programma comunista » (n° 17/ 1970) : ‘Le tragique destin du Moyen Orient, c’est qu’il s’agite sans trêve dans le lit que lui ont découpé et construit les intérêts cyniques, brutaux et féroces de l’impérialisme. C’est une mosaïque, non de nations, qui n’existent ni en dix formats mineurs, ni encore moins en un seul format majeur, mais d’Etats jaloux de leurs intérêts pouilleux, tous cousus dans la même toile coupée par telle ou telle grande puissance, se disputant les puits de pétrole et les champs de coton, et rêvant tous d’une indépendance impossible vue leur dépendance réelle vis-à-vis du marché mondial ou des fournitures d’armes et de puissances mondiales, tous ivres d’orgueil et servilement inclinés comme de pauvres pions devant le maître de service, tous dirigés soit  par une pseudo-bourgeoisie avide et profiteuse, soit par un reste chargé d’or de millénaires pas même féodaux, mais tribaux, tous au service d’intérêts grands comme la planète, et de puissants encore plus cyniques que leurs maîtres; aucun n’annonçant un nouveau mode de production, et encore moins un nouvel ordre social .»

Nous ne pouvons pas nous arrêter ici sur le processus de formation nationale et de constitution des Etats du Moyen Orient, aire névralgique à la charnière de trois continents, dont l’origine remonte à la chute de l’Empire ottoman et qui a été redessinée par les plus grands impérialismes à partir de la fin du premier conflit mondial, sur la base de leurs  raisons de rapine impérialiste et de conquête et contrôle de nouveaux marchés et de nouvelles sources de matières premières stratégiques; il s’agit d’un processus que la fin de la seconde guerre mondiale a accentué, bien qu’en présence des mouvements de libération nationale qui commençaient à se développer, avec la naissance en 1948 de l’Etat d’Israël ; celui-ci était le pivot du dispositif de contrôle américain dans la région, et de même que sa formation sanctionna le remplacement de la puissance anglaise déclinante par la domination de l’impérialisme américain, de même son extension progressive au fil des ans représenta la croissance de cette domination aux dépens d’anciens et de nouveaux concurrents auxquels il ne restait plus qu’à déblatérer pitoyablement en se cachant derrière la feuille de vigne de résolutions de l’ONU d’une valeur de zéro pointé. En attendant de revenir sur le sujet, nous renvoyons au travail de parti paru dans les n° 12 et 13 /1965 de « il programma comunista » et intitulé «Toujours le Babel du Moyen Orient». Dès cette époque nous pouvions souligner l’impuissance chronique et les inconséquences des bourgeoisies ex-coloniales, au-delà des déclarations officielles de fraternité réciproque et des projets de panarabisme par en haut ou par en bas.

Dans le premier des deux articles de 1965 cités plus haut, nous disions : « Du fait de l’intervention combinée des deux principaux vainqueurs de la seconde boucherie mondiale, la révolution anticoloniale au Moyen Orient (comme ailleurs) a présenté des effets révolutionnaires inférieurs à ceux qui auraient été envisageables pour des raisons historiques générales et du fait du développement des pays intéressés. Une révolution bourgeoise ‘jusqu’au bout ‘, à l’époque de l’impérialisme, est encore plus irréalisable qu’autrefois si les nouveaux pouvoirs qui ont remplacé les anciens ne naissent pas sur la vague de grandioses mouvements de masses exploitées et ne reposent pas sur la force armée de celles-ci. Dans les pays du Moyen Orient, beaucoup de monarchies féodales se sont ensuite transformées sans grandes secousses en monarchies bourgeoises et continuent à gouverner sous de nouveaux habits. Mais même là où la monarchie a été remplacée par la république, cet événement doit plutôt être considéré comme le fruit de révoltes militaires restreintes que de mouvements politiques de masse. »

Donc au Moyen Orient avant tout il n’y a eu aucune révolution bourgeoise radicale et profonde et « les liens avec les centres de l’impérialisme mondial privent la bourgeoisie locale de toute autonomie, et la politique de ‘ non-alignement ‘ [référence à la politique pseudo-socialiste de Nasser, ndr] signifie seulement qu’elle peut osciller tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, au gré de la bipolarité est-ouest. »

La période 1967-1970 peut être considérée comme la période cruciale où éclatent tous les bubons accumulés précédemment et les problèmes restants demandent encore une fois le «théâtre de la guerre » pour être résolus. « Quelle ‘ indépendance ‘ et quelle ‘paix ‘ peuvent espérer – écrivions à l’époque de la « guerre des Six Jours » dans « il programma comunista » n°11 /1967, en soulignant que l’enjeu était représenté par les intérêts et les positions de forces nationales et internationales de l’impérialisme – des pays à travers lesquels courent les oléoducs qui pompent le sang dans les artères de la piraterie impérialiste mondiale et dont les gouvernants,  bourgeois arrivés, nouveaux riches ou petits nobles semi-féodaux, ont tout intérêt à se vendre à ceux qui ont les clés des coffres dans le monde entier, peut-être même leurs frères de race, ce que leurs financeurs et patrons agitent devant leurs yeux d’insatiables chacals ? ».

Dès le début du second après-guerre, la diplomatie américaine, soutenue par son pléthorique appareil militaire et d’information, a été très active dans la promotion d’initiatives qui tendaient à consolider davantage l’influence acquise dans une aire dont le rôle dans la rivalité inter-impérialiste prenait toujours plus d’importance. Dans « il programma comunista » n° 14/ 1958, nous avions déjà écrit :

 « Aux gangsters du dollar, il importe surtout d’empêcher la formation du grand Etat unitaire auquel aspire le mouvement pan-arabiste et donc de sauver les alliances militaires qui sont le plus grand obstacle à l’unification des peuples du Moyen Orient... Les pays arabes se trouvent actuellement dans la situation où se trouvait l’Italie du Risorgimento à l’époque de son unification. Un même peuple parlant la même langue, ayant les mêmes us et coutumes et derrière lui une évolution historique invisible, est fragmenté en une douzaine d’Etats... La revendication d’un Etat unitaire, qui fut jadis la bannière des Garibaldi, des Kossuth et des Bolivar, la suppression de l’émiettement politique et du séparatisme, est une revendication non communiste, non prolétarienne, mais nationale et démocratique. Elle fait intégralement partie de la révolution démocratique-nationale bourgeoise. Le prolétariat conscient n’est pas intéressé par la formation de l’Etat national en elle-même, mais par le contenu de transformations sociales que celle-ci comporte. Il est intéressé par l’issue dialectique des ‘ puissants facteurs économiques ‘ qui selon Lénine étaient gênés et immobilisés par ‘ les structures politiques anachroniques qui se perpétuent dans les pays semi-féodaux et arriérés ».

Seul un mouvement national-révolutionnaire conséquent et armé pouvait donc déchirer la toile que le jeu des accords et des désaccords inter-impérialistes était en train de tisser, et cela seul aurait justifié un appui des masses prolétariennes, certainement pas en fonction de l’organisation nationale, mais de tout le mouvement prolétarien à l’échelle internationale. Quand la solution passe de la force des armes à celle du droit et des conférences démocratiques dans lesquelles les conventions diplomatiques se construisent sur une table à dessin et avec le petit bilan comptable du brigand le plus fort, le recul de ces mouvements est inévitable et toutes les solutions qui se présentent sur ces bases deviennent réactionnaires. Quelques mois plus tard (n°16/1958), nous pouvions écrire : « Comme nous l’avions facilement prévu, la question du Moyen Orient, une fois transférée sur le plan des négociations diplomatiques, a trouvé son épilogue dans le plus cynique et risible tripatouillage. »  Tripatouillage surtout chez les jeunes Etats arabes. Inquiètes de perdre des acquéreurs (ce qui vaut en particulier pour les producteurs de matières premières d’importance mondiale, comme l’Irak, la Tunisie, le Maroc etc.), divisées par des conflits d’intérêt et de traditions historiques, soucieuses de ne pas perdre le contrôle de masses déchaînées et peu sûres, prêtes à s’incliner devant le premier banquier « charitablement » disposé à fournir de l’oxygène en argent sonnant et trébuchant (ce qui les concerne tous), les jeunes et avides bourgeoisies jurant sur le Coran ont mis de côté leur « anticolonialisme » de façade en troquant le retrait des « soldats étrangers » contre la rentrée triomphale de sous non moins étrangers : en adoptant, elles qui se prétendent porteuses de la guerre sainte révolutionnaire, les principes de la « non-ingérence », du « respect réciproque », de « l’intégrité et souveraineté nationale », bref de la défense d’un statu quo qui est aussi l’expression et le produit de la domination capitaliste, l’envers de l’aspiration proclamée à un Etat arabe unitaire s’étendant de l’Asie occidentale à toute l’Afrique du nord.

Dans ce contexte, où les intérêts économiques et politiques des pays impérialistes se développent dans une dynamique tendant avec toujours plus de force à phagocyter les intérêts des jeunes bourgeoisies nationales du Moyen Orient en les attirant dans leurs champs d’influence respectifs et en les alignant toutes ensemble pour défendre les exigences du capitalisme mondial contre la pression des masses arabes déshéritées, avant tout  palestiniennes, la naissance de l’Organisation pour la Libération de la Palestine, avec son organisation militaire ayant à l’intérieur un rôle de police et à l’extérieur celui de soutenir  l’activité diplomatique et les tractations de la direction, se présente immédiatement comme la naissance officielle du comité d’affaires et de représentation de la bourgeoisie palestinienne, aux exigences de laquelle sont et seront toujours subordonnées les initiatives spontanées des masses des camps de réfugiés et de celles dispersées dans les différents pays de la région, qui partout sont contraintes de vivre dans des conditions misérables.  L’activité de l’OLP a toujours été celle d’un organisme gouvernemental d’une classe bourgeoise nationale par ailleurs couarde et obligée à l’inconséquence par les rapports de forces internationaux qui l’avaient engendrée et auxquels elle devait se sentir liée : les étapes continuelles et les marchandages de la fameuse résolution n° 242 de l’ONU (1967, dénommée « la Terre en échange de la Paix », qui devait sanctionner le retour aux frontières d’avant juin 1967, Israël renonçant aux territoires de Cisjordanie, Gaza et Golan occupés à la suite de la guerre), jusqu’à la formation de l’Autorité Nationale Palestinienne (qui justement cette année aurait dû sanctionner unilatéralement la naissance de l’Etat palestinien, pour se retirer ensuite précipitamment la queue entre les jambes dès que les plus grands impérialismes, Russie comprise, ont refusé d’accepter cette « méthode de décision unilatérale » !) sont des phases d’un parcours linéaire dans lequel il n’y a pas de place pour les exigences matérielles des prolétaires palestiniens. « La solution diplomatique – écrivions-nous dans le n° 2/1988 de ce journal – se réduirait à créer un mini-Etat à l’intérieur des frontières occupées militairement par les Israéliens, une entité non vitale condamnée à dépendre perpétuellement sur le plan politique et économique d’Israël et de la Jordanie, une édition moyen-orientale de Bantoustan que seule l’inénarrable hypocrisie bourgeoise pourrait faire passer pour l’équivalent d’un ‘ home ‘, ou pour la réalisation  du ‘ droit des Palestiniens à  l’autodétermination ‘ ; une honteuse arlequinade qui servirait uniquement à perpétuer les raisons non de paix, mais de guerre dont toute la région est infestée. Quiconque – parti ou organisation – prétendrait montrer de la ‘ solidarité ‘ envers les Palestiniens tout en se faisant le porte-parole de telles ‘ solutions ‘ (et tous les partis démocratiques le prétendent) trahit la cause pour laquelle il dit qu’il se bat. C’est pour de telles solutions que manoeuvrent (et ce n’est pas un hasard) quasiment toutes les diplomaties du monde, lesquelles présentent des plans différents et parfois antithétiques, mais tous inspirés par le souci d’empêcher que le Croissant Fertile ne devienne tôt ou tard le théâtre d’explosions non seulement politiques mais sociales, et d’assurer aux impérialismes alliés ou concurrents d’où émanent les zones d’influence qui conviennent, l’écurie désirée où trouver de quoi satisfaire des appétits économiques, politiques et militaires ».

Si les événements d’Amman en 1970 avaient permis de voir très clairement un phénomène déjà inscrit dans ses éléments génétiques, à savoir l’alliance de fait entre l’OLP et les bourgeoisies arabes et israélienne contre les masses prolétariennes de la région, l’histoire allait se charger de sanctionner matériellement sa portée en plusieurs autres occasions, dans lesquelles toujours le prolétariat palestinien a dû payer d’un bain de sang le fait d’être appelé à s’immoler pour des objectifs qui n’étaient pas les siens. Dans la Commune de Tall el  Zaatar l’héroïque résistance du prolétariat libanais et palestinien qui se dressait pour défendre ses conditions de vie fut réprimée dans le sang par l’armée syrienne et par les troupes phalangistes, avec  la collaboration factuelle de la marine israélienne qui contrôlait les accès à la mer et de l’armée de l’OLP, qui n’intervint pas au nom du « droit de non-ingérence », c’est-à-dire pour obéir aux diktats imposés par le maintien de bons rapports de voisinage et de rapports diplomatiques « constructifs ».

En 1982 il y a eu le massacre des camps de Sabra et Chatila perpétré par l’armée israélienne à la fin du siège de Beirut, après que les forces de l’OLP avaient laissé la place à  la « force de paix  multinationale » envoyée par l’ONU, nouvelle démonstration du fait que pour la bourgeoisie palestinienne, tranquillement installée dans le commerce et autres activités lucratives exercées dans les divers Etats arabes où elle s’était intégrée, le contrôle social du prolétariat était devenu depuis longtemps désormais l’objectif prioritaire auquel répondait aussi la revendication de l’indépendance nationale, d’ailleurs toujours plus marchandisée dans de pacifiques divertissements diplomatiques  bilatéraux et multilatéraux et, après la renonciation officielle à  toute violence et la reconnaissance réciproque de fait avec Israël, réduite à un simple échange territorial où le prix final comprenait le coût payé pour le contrôle des masses toujours plus déshéritées du prolétariat palestinien.

La reconnaissance par les vautours de la diplomatie internationale de la soi-disant Autonomie Palestinienne qui s’étendait telle une peau de léopard sur un territoire  comprenant la Bande de Gaza et quelques  morceaux de la Cisjordanie, et entouré d’installations israéliennes défendues par l’armée, ne pouvait certes pas interrompre cette spirale de sang et de misère pour les masses pauvres palestiniennes, poursuivie sans solution de continuité jusqu’aux événements récents, suivis de la provocation, orchestrée par les Israéliens, de la visite de Sharon à l’Esplanade des Mosquées le 28 septembre dernier. Et, confirmant l’importance de l’OLP pour toute la bourgeoisie moyen-orientale et mondiale, comme le rôle de chair à canon que revêt la plèbe palestinienne surexploitée pour sa direction, on ne peut oublier un épisode très éloquent: à l’occasion des impitoyables représailles militaires de l’armée israélienne, qui avaient suivi le lynchage des deux  réservistes israéliens capturés par la population palestinienne, le quartier général de l’ONU et l’ « ennemi » Arafat ont été avertis trois heures avant l’attaque par le commandement militaire israélien afin qu’ils puissent se mettre commodément à l’abri et continuer la comédie des mensonges, tandis que la population civile était sauvagement bombardée.

Tout dénouement de la question palestinienne dans le cadre des actuels rapports économiques et sociaux et en même temps dans l’optique de la conservation du statu quo, ne pouvait et ne peut être que factice et illusoire. Les faits se sont chargés d’exécuter la sentence et les prétextes ont tout de suite été trouvés (par exemple, la controverse sur le statut de Jérusalem-Est, ville qui d’ailleurs est moins importante pour sa tradition religieuse que parce qu’elle est un centre névralgique pour tous les trajets de communication et de trafic, aussi bien pour la bourgeoisie israélienne que pour la palestinienne).

Israël ne pourra jamais renoncer volontairement à occuper des territoires considérés comme « utiles » pour les ressources vitales – d’abord l’eau – et pour des exigences de contrôle militaire, et donc il n’abandonnera pas sa politique de marginalisation et de discrimination des arabes vivant à l’intérieur de ses frontières, car cette sujétion se rattache à la faim de plus-value du capital israélien. De son côté l’OLP ne peut pas renoncer complètement à la création d’un nouvel Etat artificiel, à cause de la pression toujours plus forte que la crise économique exerce tant sur les masses palestiniennes que sur le commerce et les profits des classes moyennes et petites-bourgeoises.

Pour les autres pays arabes, Jordanie en tête, l’exigence prioritaire est de circonscrire les généreux élans des masses pauvres, soit en les maintenant si possible hors de leurs frontières, soit en déviant leurs énergies sur le terrain religieux ou national. C’est la peur de la contagion entre des masses prolétariennes affamées et exploitées qui pourrait mettre sur la paille quelques têtes couronnées qui a imposé les conclusions du sommet du Caire du 21 octobre, après que la « trêve « verbale de Charm el-Cheik ait été aussitôt démentie sur le dos des jeunes arabes envoyés à la boucherie. L’invitation, provenant du sommet, à une intervention de l’ONU pour « protéger les Palestiniens » et la demande d’un « tribunal international qui enquêterait sur les actes criminels commis par Israël », ne signifie rien d’autre que la demande des bourgeoisies moyen-orientales à la bourgeoisie mondiale pour défendre le statu quo et donc leurs régimes.

Il faut ensuite mentionner (sans nous y arrêter faute de place) les appétits de tous les pays impérialistes par rapport au Moyen Orient, le besoin qu’a l’impérialisme américain de renforcer son contrôle du front moyen-oriental après la chute de l’impérialisme russe. Après la Guerre du Golfe, qui avait déjà permis d’augmenter leur contingent militaire existant déjà dans la région pour défendre leurs intérêts pétroliers et financiers, les USA se sont faits les porteurs de l’alliance stratégique entre Israël et la Turquie, en augmentant ainsi leur propre capacité de projection de force et de chantage, et le contrôle monopoliste des ressources hydriques de tout le Moyen Orient.

Mais étant donné que ce dessein provoquait une augmentation de l’instabilité pour les pays de la région entrant « dans la sphère de sécurité nationale américaine » (à commencer par la Syrie et l’Iran qui commençaient à regarder vers le capital européen, en particulier allemand), l’administration américaine, ayant pris acte également de l’échec de la politique précédente consistant à contenir à la fois l’Iran et l’Irak, a dû se charger d’une politique de stabilisation qui la compense : d’où l’initiative consistant à accélérer le rythme d’une pacification entre israéliens et Palestiniens, qui représentait donc le tasseau lequel aurait permis à l’impérialisme US de garder ses distances vis-à-vis des impérialismes concurrents grâce à une plus grande sujétion des bourgeoisies arabes par rapport aux Etats Unis.

En effet, la division des pays moyen-orientaux, poursuivie avec l’appui financier, politique et militaire à l’alliance turco-israélienne, devait, pour correspondre aux desseins de l’impérialisme US, être contrebalancée – également pour  renforcer la stabilité de l’axe et sa portée « en dehors de l’aire » dans la région appelée « Eurasie » – par une intervention « modératrice », visant à englober et accommoder davantage aux politiques des USA la majorité des pays arabes, tous plus ou moins contraints de dévier la pression de leur prolétariat avec la rhétorique de la  solidarité envers les Palestiniens.

L’échec de cette tentative montre que la dynamique imprimée par les forces matérielles du sous-sol économique de la société bourgeoise parvient de moins en moins à être contenue dans le cadre des « relations internationales » ordinaires, dans une situation où la crise économique mondiale aggrave à l’échelle globale la controverse inter-impérialiste. 

Dans la phase impérialiste du capital, la bourgeoisie est contrainte de mener des guerres toujours plus destructrices et dirigées essentiellement contre les masses prolétariennes, d’abord dans les continents « de couleur », puis dans les métropoles impérialistes elles-mêmes. Cette tendance irréversible ne peut être brisée que par la guerre de classe que le prolétariat international, dirigé par son Parti, devra déclarer à la bourgeoisie mondiale toujours confédérée contre lui pour défendre sa propre domination politique et économique. Aujourd’hui que le cycle des luttes et des mouvements purement nationaux en faveur de la Palestine et de tout le Moyen Orient est définitivement privé de toute perspective historique, pour les masses prolétariennes palestiniennes il existe une seule solution, qui contient aussi la possibilité d’en finir avec le problème de l’oppression et de la discrimination nationales : la lutte  pour la révolution prolétarienne internationale, qui devra abattre tous les Etats de la région, depuis Israël jusqu’aux divers émirats et républiques arabes, et chasser les brigands impérialistes qui contrôlent politiquement et économiquement l’exploitation des masses moyen-orientales – lutte à laquelle  le prolétariat des pays impérialistes sera aussi appelé à participer par la force des choses matérielle et à laquelle le prolétariat moyen-oriental devra se joindre afin que la révolution puisse triompher à l’échelle mondiale.

La parole que nous adressons aujourd’hui aux prolétaires palestiniens ne peut être que celle que notre Parti leur adressait il y a trente ans, tout de suite après le massacre d’Amman, et que nous reproduisons avec les mêmes mots qu’autrefois et avec une haine si possible encore plus grande pour cette société en putréfaction :

« Les feddayn expriment la colère sacrosainte de plèbes écrasées par le rouleau compresseur de la ‘paix’ bourgeoise. Mais que peuvent-ils attendre de l’héroïsme de leur propre désespoir ? Ils sont eux-mêmes le produit d’un jeu infâme joué sur le dos et au prix de la vie de populations conquises ou perdues aux dés par le capital dans sa course haletante pour dominer le monde : peut-être que ’la Palestine aux Palestiniens ‘ les libérerait plus que ne les a libérés la Jordanie? Ils sont les martyrs du drame collectif, ils ne peuvent – ce n’est pas leur faute – le résoudre dans le cadre et avec les moyens de la société qui l’a voulu et qui le veut. Ils n’ont ni ‘frères’ ni ‘cousins’ dans les Etats proches ou lointains sur lesquels ils ont eu la naïveté de compter, ni au Caire ni à Damas, ni à Moscou ni à Pékin. Ils auront des frères le jour où les prolétaires d’Europe et d’Amérique, des ‘métropoles’ de la piraterie mondiale auront cessé de se prosterner honteusement derrière leurs faux bergers devant le mythe de la ‘paix’ et du ‘dialogue’, d’une ‘solidarité’ faite de misérables prières et de plaintives pétitions, et que lorsqu’ils se seront eux-mêmes libérés du double joug du capital et de ses serviteurs opportunistes, ils adopteront avec une joie fraternelle la tâche de donner, eux qui auront hérité, non des trop nombreuses infâmies, mais des rares conquêtes durables de la société bourgeoise enfin défunte, à ceux qui ne les ont jamais eues. Ils les auront le jour où le Moyen Orient ne connaîtra plus ni Jordaniens ni Libanais, ni Syriens ni Irakiens, ni Egyptiens ni Saoudites, mais des prolétaires qui auront fait sauter toutes les frontières, auront reconnu la fausseté et le mensonge de toutes les patries, auront vu en face l’ennemi de classe, non de ‘race’ ou de ‘nation’ et se seront rassemblés en un seul ‘peuple’, c’est-à-dire en une seule armée de ‘sans réserves’, pour faire place nette des flics et des larrons locaux et étrangers, qui peuvent encore prospérer sur leurs malheurs ! Il ne dépend pas de nous, et cela nous fait encore moins plaisir de le dire, que malheureusement ce lendemain ne soit pas tout proche de l’aujourd’hui. Ou on le prépare, ce jour, ou les massacres continueront, la blessure pourrira, la trêve sera ce qu’elle est depuis un demi-siècle : une atroce agonie. Il est temps, il est grand temps de le comprendre, prolétaires, avant que l’heure, une fois de plus, ne soit celle du canon ! Plus que jamais, vous n’avez rien à perdre, et tout un monde à conquérir » (1). 

il programma comunista, n° 9/2000

 

  • « Il n’y a pas de salut, dans le cadre de l’ordre existant, pour les victimes du cannibalisme impérialiste » (« il programma comunista » n° 17/ 1970).