20 millions de morts lors du premier massacre inter-impérialiste, 50 millions lors du second… Ce n’est pas pour autant qu’il nous faut oublier les 45 mille « musulmans » (car alors on ne disait pas « Algériens », puisque selon la proclamation célèbre « L’Algérie c’est la France! ») assassinés surtout à Sétif, Guelma et Kerrata (Constantinois) par la France coloniale, au cours de ce même mai 1945, qui devait devenir plus tard Fête Nationale pour célébrer la victoire des démocraties sur l’Allemagne nazie. Le nombre de morts est encore aujourd’hui sujet à débat, mais il est de toute façon supérieur à 30 000, selon les estimations récentes.
Tout avait commencé par le meurtre d’un jeune scout qui avait osé brandir un drapeau algérien au lieu du « glorieux tricolore », seul autorisé dans les manifestations de ce jour-là par les autorités coloniales. Des émeutes (répétition générale de la « Toussaint rouge » de 1954, début de la Guerre d’Algérie) ont répondu à cette première mort officielle, suivies à leur tour d’une répression impitoyable par l’armée de la métropole, y compris la marine et l’aviation, sans oublier la police, la gendarmerie, la Légion étrangère et les milices des colons, qui ont reçu des armes de guerre et des fusils de chasse par les autorités; avec les massacres de civils, les internements, les tortures, tandis que pendant dix jours on brûlait les morts dans les fours crématoires.
Le communiqué officiel des autorités françaises locales est significatif de l’ambiance « démocratique » de l’époque: « Des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, ont commis à Sétif une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée par l’armée, assure le maintien de l’ordre et prend toutes les mesures utiles pour maintenir la sécurité et réprimer les tentatives de désordre ». Cela voulait dire en fait: exécutions en masse, arrestation des leaders et militants nationalistes, condamnations à mort…
Et cet cet autre pilier de l’ordre démocratique, le Parti « communiste » français, il n’est pas étonnant qu’il ait réagi à sa manière aux massacres perpétrés par l’Etat français en mai 1945, en défendant lui aussi… l’ordre démocratique et en mettant sous accusation la résistance de la population. Le 12 mai, « l’Humanité », organe officiel du PCF, exhortait l’Etat à "punir rapidement et impitoyablement les organisateurs de la rébellion et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute ».
Y-a-t’il quelque chose à ajouter ? Comme nous l’avons toujours dit, certes les fascistes ont été vaincus, mais c’est bel et bien le fascisme qui a gagné la guerre: le 8 mai, ne l’oublions pas!