CE QUI DISTINGUE NOTRE PARTI: La ligne qui va de Marx à Lénin, à la fondation de l'Internationale Communiste et du Parti Communiste d'Italie (Livorno, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l?Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" e la contre-révolution stalinienne, et au refus des froints populaires et des blcs partisans et nationaux; la dure uvre de restauration de la doctrine et de l'organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, en dehors de la politique personnelle et électoraliste.

Alep, ou du terrorisme impérialiste

« La rivalité et le conflit ne peuvent pas échapper aux rapports entre Etats nationaux, gardiens et gendarmes au service de machines productives fondées sur l’exploitation (...). Sous le capitalisme la guerre est inévitable, parce que la société même, chaque jour, à chaque minute de son existence, est le théâtre d’une guerre atroce des classes dominantes contre les classes exploitées et opprimées. Il ne peut pas y avoir de paix, mais seulement des trêves armées entre les Etats, parce qu’au sein des frontières de chaque Etat a toujours cours la guerre sociale, qui est toujours une guerre même quand les classes exploitées ne savent réagir aux exploiteurs qu’avec les moyens inégaux de la lutte revendicative et de la vaine compétition électorale (...). Combien d’articles avons-nous publiés, dans lesquels nous soutenions la thèse selon laquelle le conflit russo-américain avait pour objet, non pas la manière de changer le monde, mais de se le partager! » (il programma comunista n° 1/1960).

« Au maximum dans deux mois, deux mois et demi, la ville d’Alep pourrait être complètement détruite », dit l’envoyé spécial de l’ONU, De Mistura. Cette alerte a été lancée après la trêve d’il y a quelques semaines, qui s’est terminée avec le bombardement aérien des hôpitaux. Durant les trois jours de trêve, les journalistes ont été occupés à justifier la partie politique qui les emploie, en affirmant que si la trêve tient bon, en quelques jours les Américains et les Russes pourraient coordonner leurs attaques contre les mouvements djihadistes, le groupe Etat islamique et l’ex-Front al Nosra, en permettant la reprise des négociations de paix et éventuellement la création d’un gouvernement de transition sous le contrôle de la communauté internationale. Une si belle perspective de paix, tandis que le terrorisme impérialiste sévit sur la Syrie et sur Alep, sur l’Irak et sur Mossoul, ne pouvait manquer : des négociations de paix, un gouvernement de transition, une possibilité d’élections, le partage arrangé du territoire syro-irakien. Fin de l’histoire. Qui pourrait alors faire avancer les grandes affaires, les financements, les armements ? A qui serait donné le rôle de la sale gueule, et à qui celui de l’ange libérateur ? Tandis qu’il martyrise les corps, le vieux vautour déplumé dicte le jugement de l’histoire. Comment peut-on penser, face au massacre général, au supplice sans fin, que tout pourrait finir par des poignées de mains ? Quoi qu’il en soit, les cœurs faibles devraient se préparer à quitter la scène !!

Il y a 300 mille morts, des milliers et des milliers de blessés, 4 millions d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards qui se sont enfuis de Syrie, réfugiés en Turquie, noyés dans la mer, et puis les mille et mille civils d’Alep-est (275 mille encore en vie), piégés dans les rues, dans les maisons détruites, dans les abris, dans les hôpitaux, sans eau, sans nourriture, sans électricité. Demandent-ils de l’aide ? En vérité ils sont tombés dans le piège mortel tendu par les « armées de libération », formé par les militaires régulièrement engagés, par ceux envoyés se regrouper, par les « free lance » qui offrent leur capacité militaire au maître qui les paye le mieux. Telle est la réalité qui se consume d’une humanité qui s’effondre sous un déluge de feu et de mort. Avant la guerre, Alep comptait 1,9 millions d’habitants : la plus populeuse des villes de Syrie, plus grande que Damas. Combien de temps faudra-t-il pour la faire disparaître de la scène de l’histoire, alors que 5000 ans de vie et de grands tremblements de terre n’ont pas suffi à la détruire ? Et Mossoul, la ville de près de 1,5 millions d’habitants au bord du Tigre, quelle sera sa fin ?

Certains journalistes n’ont guère tardé à soutenir qu’existaient en Syrie les conditions d’un compromis pouvant assurer un équilibre militaire entre les rebelles et Bachar al Assad, mais qu’aujourd’hui c’est impossible de remédier : les USA devront se résigner à une victoire de Poutine en Syrie. L’attaque russo-syrienne contre Alep n’est que le début d’une crise internationale plus longue. Autrefois on les appelait « guérilléros », « partisans ». Aujourd’hui il s’agit de bandes armées, de miliciens, de terroristes, avec ou sans drapeau, dont la « légalité » n’est « garantie » que par la puissance de feu et par l’armement des grandes puissances, c’est-à- dire par le terrorisme impérialiste. Il y a de tout, dans le fatras de libérateurs, syriens, russes, américains, turcs, kurdes, irakiens, iraniens, libanais, prêts à mourir pour Assad, pour les USA, pour le Prophète et ses différentes sectes (sunnites, chiites, alaouites), pour le Califat, pour Israël, pour la Palestine, pour le Kurdistan... Dans la région d’Alep, quel est l’objectif ? Le premier est de redessiner le territoire de la Syrie septentrionale à la frontière de la Turquie (qui finira en partie dans les mains des Turcs), territoire qui va de Kobané à Rabik, de Raqqa à Tal Abbyad (et dans le partage, que reviendra-t-il aux kurdes syriens ?) ; le second, plus important, consiste à assigner définitivement à la Russie la base navale de Tartus et la base aérienne de Latakia, toutes deux au bord de la Méditerranée, en face de Chypre. Mais cela ne suffit pas, parce que la défaite d’Assad laisserait une foule de restes à dépioter dans la partie occidentale turco-irakienne-kurde. Et entre-temps que deviendront le Liban et les dizaines de camps palestiniens ?

Et suffira-t-il de redessiner la nouvelle Syrie ? Le Moyen Orient n’est plus désormais qu’un parcours guerrier, un parcours qui n’a plus besoin d’être connu. De la guerre arabo-israélienne de 1948 à celle Iran-Irak avec son million de morts (1982-88) ; des deux « expéditions » américaines (1990 et 2003) à cet épouvantable jeu guerrier en Syrie et au nouvel affrontement armé entre l’Arabie Saoudite et le Yémen, tout est déjà fait : l’Histoire coule comme un immense fleuve de pétrole près du Tigre et de l’Euphrate. Le Moyen Orient est une immense aire désolée couverte de sépulcres blanchis. Comme lors des deux guerres mondiales du XXème siècle, il ne se passera pas beaucoup de temps avant que les noms des morts soient transférés sur les inscriptions des pierres et des colonnes de marbre des cimetières, éparpillés partout pour nous rappeler le nationalisme et l’odeur de mort qui y règnent jour et nuit. Dans peu d’années, on se rappellera la population civile et les centaines de milliers de prolétaires tués seulement comme de la marchandise abîmée. Les milices djihadistes anti-Assad soutenues par les Américains et entassées dans les quartiers d’Alep-est, les combattants pro-Assad soutenus par les Russes parmi les édifices en ruines du côté ouest, les bandes de l’ISIS sur le terrain, les offensives aériennes de Damas et de Moscou, celles des USA et d’Ankara ne conduiront à aucune paix.

Puis arrivera aussi l’incident, qui greffera la guerre chez les « énergiques combattants» anti- ISIS : il suffit de savoir attendre. Pendant ce temps, pour que la destruction puisse être menée jusqu’au bout, on aura encore besoin d’une autre des fameuses trêves.

« A Alep se joue le destin du monde », continue-t-on à dire. Mais de quel monde ? Disons-le : il s’agit du monde du Capital, des Etats nationaux impérialistes, de l’exploitation, de l’oppression sociale et des guerres.  « Soyez pratiques – recommande t‘on – il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac ». 

Le nationaliste, surtout celui qui ne meurt pas tant que vit ce mode de production écoeurant, prend toujours parti pour un clan capitaliste-impérialiste ou pour l’autre. Au premier plan, il y a toujours la « défense de son propre pays ». Donc ne pas mettre tout le monde dans le même sac : rassembler dans un chapeau avec un écusson étoilé tous les amis des Etats Unis, et dans un autre tous les Russes et pro-Russes, les anti-Américains ou les anti-impérialistes. « La seule possibilité de sortir vivants de cet enfer –  disent ces derniers – c’est que l’Empire se ‘désimpérialise’ » : c’est-à-dire que la politique impériale américaine accepte un monde « à polarités variables », où chacun pourrait trouver son propre ordre, son statu quo. Pour la « gauche nationaliste » il existe un seul pôle impérialiste : le « pôle occidental », dirigé par les Etats Unis. Les Etats fictifs, ces non-nations, ces bandes religieuses, armées ou non jusqu’aux dents, ne seraient pas des Etats impérialistes. L’ «anti-impérialisme militant » se bat donc pour arrêter la terreur impérialiste en décomposant le gigantesque pôle impérial des USA.

Autrement dit en termes de perspective de guerre : holocauste nucléaire à l’américaine, ou guerre en morceaux, guerre asymétrique ou à géométrie variable ? Une position radicalement anticapitaliste, qui inciterait les classes opprimées, exploitées et massacrées, à répondre à la guerre des maîtres du monde par la guerre des classes poussée jusqu’à la révolution sociale, dans une période contrerévolutionnaire come la nôtre, en Syrie ou ailleurs dans le monde, est pour l’instant bloquée, de même que le défaitisme révolutionnaire, qui revient seulement à aboyer à la lune, en l’absence, dans la situation présente, du parti de classe.  L’ « interventionnisme humanitaire » est ce qui est le plus en vogue, que ce soit chez les franciscains ou les cœurs faibles : une indication politique qui s’accorde parfaitement au terrorisme impérialiste ; mais la « police internationale », c’est-à dire les « casques bleus » de l’ONU ou l’internationalisme démocratique et progressiste du Président Obama, si cher à ses nombreux supporters européens, conviendrait aussi, même s’ils sont aujourd’hui un peu déçus.

« Les rapports entre Moscou et l’Occident – ajoute le quotidien économique italien « Il Sole 24 Ore » du 12 octobre – ressemblent de plus en plus à une réédition de la guerre froide ». La rencontre entre Hollande et Poutine a échoué à cause de la reprise des bombardements russes et syriens sur Alep-est, pour le véto au Conseil de Sécurité de l’ONU opposé par la Russie à la résolution française sur un immédiat cessez-le-feu et avec l’accusation de « crimes de guerre ». La dure prise de position du ministre des affaires étrangères britannique Boris Johnson, invitant les pacifistes anglais à manifester devant l’ambassade russe, et la manifestation soutenue par Jeremy Corbin, « Stop the War », sont les aspects les plus théâtraux de l’actuelle situation. Pendant ce temps, les affaires mondiales continuent à tourner autour de la production endiablée de pétrole (avec de faux accords de l’OPEP pour en geler le prix), tandis que la guerre continue son cours. A leur tour Moscou et Ankara « font la paix » au nom du gaz : au jour du dégel, le projet de gazoduc Turkish Stream est mis en chantier – coût prévu, 11,4 milliards d’euros, 910 km sous la mer, 180 en Turquie, théoriquement en direction de l’Europe, en sautant l’Ukraine. Varsovie efface en même temps l’affaire de 50 hélicoptères d’Airbus avec la France et Hollande n’ira plus en Pologne : le ministre de la Défense polonais a expliqué que ce seront la Lockheed et la Leonardo Finmeccanica qui fourniront les hélicoptères. Le même jour Merkel voyage en Afrique pour se procurer des affaires et depuis le sommet OTAN en Varsovie on passe concrètement au déplacement de « bataillons de la paix » dans la Baltique (avec la glorieuse participation de 140 militaires italiens en Lettonie)...

Tandis que tout le front impérialiste occidental sollicite de « faire payer les Russes » avec de nouvelles sanctions (?) pour l’attaque à Alep-est en soutien à Assad, le syndrome de la « Russie assiégée » est de nouveau dépoussiéré: à partir de l’enfer, réapparaissent les millions de morts  de la 2ème guerre mondiale en tant que formidable « guerre patriotique ». La Révolution d’Octobre, qui a été le  plus grand événement contre la guerre impérialiste, se perd dans le brouillard et disparaît du souvenir. Le revanchisme réapparaît : c’est la dénonciation de l’impression d’encerclement qui a poussé la Russie – dit-on d’une part – à suspendre l’accord avec les USA sur le démantèlement du plutonium, c’est la réponse à l’encerclement des  installations polonaises  et tchèques, c’est la faute du récent Sommet de l’OTAN à Varsovie si on a eu le sentiment actuel d’insécurité générale en rappelant à l’esprit la « guerre froide », c’est l’intrusion américaine dans toute l’Europe de l’est qui a créé la situation du Donbass dans l’Ukraine de l’est, et donc le retour légal chez elle de la Crimée et le soutien russe sont légitimes  de même que la demande d’aide d’Assad...

De l’autre côté on répond : ce sont les Russes qui ont déplacé de nouvelles batteries de missiles à Kaliningrad, ce sont les navires russes au large de la base navale syrienne de Tartus qui créent toute cette insécurité...

Pendant ce temps, le terrorisme impérialiste s’étend, et il ne s’arrêtera pas tant qu’on ne sera pas arrivé au point de non-retour. Que le prolétariat puisse tirer de ces événements annonciateurs de tempête la leçon historique de toujours, qui impose comme solution absolument nécessaire sa dictature de classe, dirigée par son parti, pour la destruction di mode de production capitaliste.

il programma comunista, n° 5-6/2016